Yo hago la calle.

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Dans mes recherches pour choisir un sujet de travail, je suis tombé sur un artiste qui m’était inconnu mais m’a vraiment frappé. Vu que je ne l’ai pas gardé pour mon travail je vous le présente ici; Joan Colom.

Joan Colom i Altemir né en 1921 à Barcelone est un photographe connu pour ses séries photographiques.

Vers la fin des années 50,  Colom s’initie de manière autodidacte au monde de la photo en parallèle de son métier de comptable. Il est catégorisé dans le mouvement de la Nouvelle Avant-garde, fortement inspirée par Cartier-Bresson et William Klein.

Dès 1958, il s’intéresse au « Barrio Chino » de Barcelone, l’actuel Rabal, qui fut le quartier chaud de cette époque. « J’étais fasciné par sa diversité et sa richesse sociale… Je me suis senti littéralement aspiré par la qualité humaine des personnages ».

Description de ce quartier par Marta Gili dans son essai « Barrio Vencido, Barrio Ganado »: « Un lieu d’échanges intimes, négociés en public, et dont les rues étaient un refuge pour les corps et les âmes en errance, se cherchant les uns les autres. Evité par la majorité bien-pensante des citadins dans leur promenade dominicale sur les Ramblas, le Barrio Chino de la Barcelone franquiste évoquait nombre des stéréotypes de l’imaginaire catholique et petit-bourgeois, rattachés à l’enfer : lieu sordide, sombre, malodorant, principalement occupé par des souteneurs, des voleurs et des prostituées. (…) Pour les enfants barcelonais sous le franquisme, (…) se lancer à la découverte du Raval supposait l’expression d’une résistance contre l’indifférence et la résignation. »

Colom y passe toutes ses fins de semaine pendant 3 ans à photographier avec sa technique particulière de prendre les clichés à la hauteur de son bassin, pour ne pas être remarquer en train de photographier les gens.  Colom était obsédé par le réalisme photographique, d’exposer la vérité, ce qui rompait avec la tradition esthétique passé. Son travail en est un de documentaire visuel d’une époque maintenant révolue.  En 1964, une collection de ces images sont publiés dans un livre avec un texte de C. J. Cela et qui fait scandale.  La société franquiste ne veut pas voir ses dessous plus obscurs. Une des femmes photographiées voulut intenter un procès, ce qui découragea Colom de continuer son travail. Il n’avait jamais rechercher la controverse et ne voulait pas causer de souffrances aux gens du Raval qu’il aimait sincèrement. Il ne reprendra un appareil photo qu’après sa retraite en 1986, mais n’a pas encore partagé avec le public ce travail plus récent. Son oeuvre antérieure connaît depuis le début des années 2000 une nouvelle reconnaissance.

Le titre de ce post vient de Colom lui-même qui décrivait son travail de photographe en ces mots : « Yo hago la calle. » (Je fais le trottoir.)

Un vidéo présentant plusieurs de ses photos:

mais ça vaut vraiment la peine de faire une recherche Google et les regarder plus tranquillement.

Des liens pour en savoir plus:
photosapiens.com/Joan-Colom-les-gens-du-Raval
http://www.fundacion.telefonica.com/at/colom.html
http://www.enciclopedia.cat/Joan Colom Altemir
entrevue avec Colom en 2003 (Espagnol) : agenda-upifc.org/entrevistas/colom

Catherine Dugas

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4 Réponses to “Yo hago la calle.”

  1. Catherine D. Says:

    Je rajoute ici quelques détails en lien avec le sujet de mon post mais pas avec la Catalogne en soi:

    Il est possible de faire un parallèle avec l’oeuvre de cet artiste et la photographie québécoise. Ce que peut-être peu de gens savent est qu’il est illégal au Québec de faire de la photographie de rue. Ce qui veut dire que vous pouvez photographier des inconnus dans la rue sans leur demander leur permission au préalable, mais vous ne pouvez utiliser ces clichés par la suite (pour une exposition ou la vente). Ce jugement a été rendu après un long procès en 1998, du même genre que la femme du Rabal voulait intenter à Colom. Cet interdit est unique au Québec, au meilleur de mes connaissances. (Ici vous pouvez voir un documentaire fait sur le sujet: http://video.google.com/videoplay?docid=-8055791195744484552#)

    Pour contourner cette loi, un photographe montréalais utilise justement la technique de Colom de photographier avec l’appareil près de sa hanche pour ne pas éveiller les soupçons de ses sujets. Il peut ainsi capter des images sur le vif sans perdre de temps et la spontanéité du moment. Son blog se nomme From the Hip et se retrouve ici: http://fromthehipmontreal.aminus3.com/.

  2. Céline Says:

    Merci, Catherine, pour ce portrait d’un artiste qui me semble avoir joué un rôle dans l’immortalisation d’un quartier de Barcelone des années 50 et 60, bien que ce n’était sans doute pas son objectif. J’ai aussi toujours été particulièrement adepte de la photo réaliste, ce qui ennuyait grandement mon professeur de photo, jadis.

  3. josiehuard Says:

    Salut Catherine!

    Comme Joan Colom i Altemir était actif pendant la dictature, tu sais si son oeuvre a fait l’objet de censure ou de répression?

    Quoique ce ne soit pas du matériel subversif ou à caractère politique à ce que je constate…, mais ses photos sont splendides, j’aime beaucoup la façon dont il travaille avec la lumière naturelle!

    Merci pour cette découverte 🙂

  4. Catherine D. Says:

    Josie: J’ai pas trouvé d’anecdote parlant de censure directe, mais c’est clair que dès qu’il s’ait mis à exposer et surtout à la sortie de son livre il a beaucoup fait jaser. Comme tu dis, vu qu’il ne dénoncait rien avec son travail, probablement qu’il a pu être plus libre que d’autres. Aussi, comme c’était plus dans les années 60 qu’il a été un artiste public, il y avait un peu plus de souplesse de la part des dirigeants.

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