Les femmes catalanes vers l’an mil

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En réponse à une question, posée par Céline lors de ma présentation sur les châteaux et modes de vie des comtes-rois catalans, s’enquérant du rôle des femmes en Catalogne pendant le règne des comtes-rois, j’aimerai partager un extrait du livre de Paul Bonnassie sur le sujet.

Il s’agit de l’article intitulé La condition et le rôle de la femme de son livre La Catalogne du milieu du IXe siècle à la fin du XIe siècle:

«Ce qui frappe le plus dans la condition de la femme catalane aux alentours de l’an Mil, c’est son indépendance matérielle. Elle a reçu de ses parents une part d’héritage le plus souvent égale à celles de ses frères, quelquefois majorée, puisque les filles peuvent, au même titre que les garçons, bénéficier de la clause de melioratio. Mariée, elle conserve un pouvoir exclusif sur ses biens personnels: elle en dispose — pour les vendre, les donner, les mettre en gage — sans avoir à en référer à son époux. Et, de fait, le pourcentage de transactions opérées par des femmes, hors de toute tutelle et même de toute présence maritiale, est sensiblement égal à celui de opérations effectuées par des hommes. Si, pour une raison quelconque, l’épouse permet à son mari d’aliéner une fraction de la fortune qu’elle tient de ses parents, celui-ci est tenu de la dédommager au plus tôt, et le remboursement aussi bien que la cession préalable font l’objet de contrats écrits. Lorsqu’enfin le conjoint tarde à rembourser, sa femme semble posséder des arguments suffisants pour l’y contraindre […]
Si l’homme ne possède aucun droit sur le patrimoine de son épouse, l’inverse n’est pas vrai. en vertu de son douaire, celle-ci détient une option sur l’ensemble des biens deson mari, dont un dixième doit lui revenir. Pour cela, elle assiste obligatoirement à toutes les opérations immobilières que réalise son époux, soit qu’elle participe directement, comme co-auteur de l’acte, à la négociation et à la conclusion du contrat (c’est le cas le plus fréquent), soit qu’elle se contente de donner son consentement
[…]
Cette libre disposition de ses biens assure à la femme une certaine marge – toute relative – de confort qui apparaît déjà dans les testaments immédiatement postérieurs à l’an Mil. Elle a la capacité de se soucier de sa garde-robe et de son intérieur. Il n’est pas indifférent, à titre d’exemple, de montrer ce qu’est, en 1008, le cadre de vie d’une habitante du village de Reixac, en Vallès. L’intéressée s’appelle Volenda et il est permis de voir en elle une représentante de la couche la plus aisée de la paysannerie alleutière: elle lègue à son mari et à ses enfants sa part de leur maison, de leur verger et de leur terres; et ses legs pieux sont stipulés en têtes de petit bétail: 13 brebis, 8 porcs, 1 veau. Bien que certaines pièces d’habillement échappent à l’identification, la garde-robe apparaît fournie: trois chemises, trois culottes ou jupes, trois pelisses, trois ceintures, trois ou quatres fichus, un voile, un bandeau de tête.»

Plus loin dans le texte, Bonnassie parle avec détails de la jouissance complète de la femme autant du point de vue juridique que civique. Elle peut porter plainte envers un homme devant un juge, peut même fait partie du corps du tribunal. Si ses parents sont décédés avant son mariage, elle peut choisir son mari elle-même, en gardant la totalité de ses droits d’héritage. De plus, certaines femmes ont participé activement à la vie politique et militaire de la Catalogne vers cette époque, notemment la comtesse Ermessend.
Le rôle de la femme s’impose cependant avant tout au sein de sa famille. Advenant la mort de son mari, elle pourvoit au bon fonctionnement des droits et des biens de sa famille et s’occupe de ses enfants. Dans la majorité des cas elle se remarie.

Finalement il semblerait, mais serait fortement discuté et débatu, que les régions anciennement occupées par les wisigoths auraient gardé un lignage matriarcale, mais seulement dans certains types de documents seul le nom de la mère serait mentionné, comme dans les serments. On suppose que ce fût à cause du témoignage de la pureté du sang maternel. Tranquilement les usages auraient changé, inégalement à travers la Catalogne, et le patriarcat se serait imposé une bonne fois pour toute.

Aïda Lorrain

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