Archive for février 2012

Vague de manifestations monstres

février 29, 2012

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Vous vous souvenez des événements du 20 février 2012? Les étudiants valenciens manifestaient contre les coupures budgétaires dans le domaine de l’éducation lorsque la police était intervenue et avait brutalisé les étudiants, dont la majorité était des mineurs.

Aujourd’hui, 29 février 2012, une nouvelle manifestation a eu lieu à Valence. Des milliers d’étudiants sont descendus dans la rue pour manifester contre les coupures et contre la brutalité policière. Ils réclament « une éducation publique et de qualité ». Il est important de préciser que les étudiants avaient le support et la compagnie d’une multitude de groupes tels que des syndicats d’étudiants (Acontracorrent, Bloc d’Estudiants Agermanats, Sindicat d’Estudiants dels Països Catalans, Federació Valenciana d’Estudiants et plusieurs autres) et de l’Association des parents d’étudiants de Valence (FAPA). Au total, plus de 40 000 personnes se sont mobilisées.

À Barcelone, la même chose s’est produite. Toutefois, ce sont plutôt 70 000 personnes qui se sont mobilisées. Ils manifestaient pour des raisons similaires, notamment pour un plus grand accès à l’université, pour une éducation de qualité, contre la privatisation et contre les coupures.

Un groupe, la Plateforme unitaire pour la défense de l’université publique (Plataforma Unitària en Defensa de la Universitat Pública – PUDUP) est même allé jusqu’à entrer dans les locaux de la chaîne SER et interrompre l’émission Fora de Joc, pour lire un manifeste en direct. D’autres manifestants sont entrés massivement à l’intérieur du rectorat de l’Université de Barcelone pour l’occuper.

Dans leur manifeste, les membres de PUDUP réclament une éducation accessible et de qualité, dénoncent le manque de transparence de la gestion de l’éducation et la perte de contrôle démocratique au sein des universités publiques et, finalement, ils réclament le droit de la société catalane à faire un plein usage de sa langue nationale, c’est-à-dire le catalan, et ce, y compris à tous les niveaux d’enseignement supérieur (« 8. Davant d’un procés d’internacionalització de les universitats destinat a captar “clients” d’arreu del món, recordem que la societat catalana té dret a un ús ple de la llengua pròpia del país, incloent la seva utilització a tots els nivells de l’ensenyament superior. »)

Un groupe de jeune a aussi mis feu à des conteneurs à divers endroits de Barcelone, ce qui a produit une épaisse fumée noire qui était visible de loin. D’autres ont tenté de faire une barricade avec des conteneurs pour bloquer l’accès routier aux fourgons policiers. Un autre groupe a brisé les vitres de la Banco Popular en guise de protestation contre les coupures et la commercialisation de l’éducation. Comme toujours, on pouvait s’attendre à une répression policière et c’est ce qui s’est produit. Vous pouvez voir dans les deux vidéos suivantes comment les forces policières poursuivent avec des fourgons des manifestants à pied ou tapent sur tout ce qui bouge :

Sur les réseaux sociaux, le terme « #vaga29f » est de plus en plus populaire. Ces manifestations ont beaucoup en commun avec ce qui se passe au Québec. Il est intéressant de comparer les motivations et les initiatives des étudiants et, surtout, de quelle façon ils procèdent pour faire avancer leur cause. D’une part, on remarque qu’il y a plus de répression policière en Espagne qu’au Québec, et, d’autre part, que les étudiants québécois sont beaucoup moins solidaires que les étudiants des territoires catalans. Du moins, pour le moment. Il s’agit là d’un dossier à suivre!

-Maxime Paquin

 

Sources :

http://www.ara.cat/noticies/universitats-educacio-retallades_3_655164484.html

http://www.ara.cat/societat/estudiants-entren-llegeixen-comunicat-directe_0_655134601.html

http://www.ara.cat/societat/Milers-destudiants-protestes-retallades-Valencia_0_655134617.html

http://www.ara.cat/comunicacio/estudiants_ARAFIL20120229_0002.mp3

http://www.ara.cat/societat/Milers-duniversitaris-manifesten-retallades-educacio_0_655134605.html

http://www.vilaweb.cat/noticia/3990582/20120229/milers-destudiants-surten-carrer-defensa-universitat-publica.html

http://www.vilaweb.cat/noticia/3990678/20120229/aldarulls-barcelona-final-manifestacio-destudiants.html

http://blocs.mesvilaweb.cat/adasi

http://reconstruimlapublica.wordpress.com/adhesions-2/novetats/

https://twitter.com/#%21/polcastellvi/status/174852619502747649/photo/1

http://twitter.com/#!/Uniprecaria

http://twitter.com/#!/search/%23Vaga29F

http://www.324.cat/noticia/1620352/catalunya/Entre-25000-i-60000-es-mobilitzen-a-Barcelona-en-una-manifestacio-imprevisible

http://www.324.cat/galeria/29654/14/altres/Vaga-duniversitats#ancla

Le livre contre la matraque

février 21, 2012

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Valence, 20 février 2012 : des étudiants sont réunis devant l’Institut Lluís Vives. Pourquoi? Pour manifester contre les coupures dans le domaine de l’éducation.

L’élément déclencheur? Le Pays valencien est la région la plus endettée de l’Espagne. Le gouvernement valencien, dont le budget en matière d’éducation a été coupé et recoupé pour lutter contre la crise, n’est pas arrivé à payer ses comptes d’électricité, privant les établissements éducationnels valenciens de chauffage, et ce, en plein hiver.

Les étudiants sont donc devant l’Institut Lluís Vives. Ils manifestent pour une éducation de qualité. Ils brandissent des pancartes et chantent des slogans. Ils font du bruit, soit, mais ils ne font rien de bien mal. Ils sont désarmés. Il n’y a pas de signe d’agressivité chez eux, mais ils bloquent la rue et ça, ça ne passe pas. Mais à quoi peuvent-ils bien penser?!

C’est là qu’intervient l’escouade antiémeute valencienne. Des petits Rambos en devenir et des cowboys nerveux en manque d’action sonnent la charge et foncent dans le tas. Ils tapent sur tout ce qui bouge, même ce qui ne bouge pas.

Les manifestants sont en majorité des adolescents de 12 à 17 ans. Les policiers ne font pas de distinction. Ces demis-hommes s’en prennent à tout le monde : garçons, fillettes et même personnes âgées.

À la suite des événements, Antonio Moreno, chef de police de Valence, a déclaré que les étudiants étaient l’ennemi et que les policiers avaient réagi avec une force absolument justifiée et proportionnée. Malheureusement pour ce monsieur, les actes des policiers ont été filmés et photographiés (voir ci-dessous). Les agents de la paix (ironie) ont été vus en train de frapper des manifestants à coups de matraque au visage, pousser des filles sur des voitures, gifler des jeunes et même tenter de les renverser avec des fourgons de la police.

Ces manifestations étudiantes recoupent les manifestations étudiantes qui ont présentement lieu ici à Montréal et font suite aux manifestations contre la brutalité policière qui ont eu lieu à Madrid il y a quelques jours.

Aujourd’hui, des manifestations contre la violence policière et pour le mouvement estudiantin valencien sont organisées à travers l’Espagne, notamment à Cordoue, Barcelone et à Madrid.

À Valence même, des milliers de gens se sont réunis à la plaza del Ayuntamiento pour protester contre la répression policière et exiger la démission de Paula Sanchez de León, la déléguée du gouvernement à Valence. De plus, 400 étudiants se sont enfermés dans la Faculté de géographie et d’histoire de l’Université de Valence pour exiger la même chose.

 

Dans le vidéo ci-dessous, on aperçoit un policier qui gifle un étudiant qui, en plus d’être pacifique et d’avoir les mains dans les poches, ne le regardait même pas :

 

Dans le vidéo suivant, on peut voir (à 0:09) un policier qui coure derrière deux adolescentes et qui les pousse violemment, tête première, sur une voiture :

 

Ici, il y a plusieurs choses à voir. À 0:56, on voit un Rambo solitaire qui fonce dans la foule et force ses collègues à le suivre. Rambo tape sur tout ce qu’il peut et on voit deux de ses collègues (1:04, à gauche, près de l’entrée du stationnement) frapper à multiples reprises un étudiant désarmé qui tente visiblement de s’en aller. De 1:29 à 1:34, on voit un policier pointer un photographe et 10 autres policiers le menacer, bâtons levés.

 

Dans le vidéo qui suit, on voit plusieurs autres choses troublantes. D’abord, les policiers qui essaient de renverser des manifestants avec des fourgons, s’arrêtant de justesse à leurs pieds (0:30 à 0:40). Le retour de Rambo, de 1:50 à 1:59, l’arrestation d’une adolescente (2:24 à 2:29) et, la cerise sur le sundae, des policiers non identifiés (2:40 à 2:45). Dans cette dernière séquence, on voit très bien que les badges jaunes qui identifient les policiers valenciens ont été retirés pour éviter qu’ils soient identifiés et, par conséquent, éviter qu’ils soient poursuivis pour leurs abus.

 

Dans ce dernier vidéo, on peut voir un policier attaquer des vieilles dames (1:49). De 2:50 à 3:05, on peut aussi entendre la foule crier «ESTAS SON NUESTRAS ARMAS!» («Ce sont nos armes», faisant référence à leurs mains vides, paumes ouvertes, qu’ils brandissent dans les airs pour démontrer le rapport inégal de force). À partir de 4:08, on peut entendre des filles chanter «esto es una dictadura y lo sabéis» («c’est une dictature et vous le savez»).

 

-Maxime Paquin

 

Sources :

http://www.rtve.es/noticias/20120221/miles-estudiantes-se-manifiestan-pacificamente-valencia-libros-alto/499937.shtml

http://www.rtve.es/noticias/20120221/ministro-del-interior-reconoce-pudo-haber-algun-exceso-policial-valencia/499820.shtml

http://www.telecinco.es/informativos/sociedad/estudiantes-manifiestan-Barcelona-incidentes-Valencia_0_1563444236.html

http://www.marxist.com/valencia-police-brutality.htm

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/02/20/espagne-violences-lors-d-une-manifestation-contre-la-rigueur-a-valence_1646086_3214.html

http://roarmag.org/2012/02/spain-valencia-students-protest-brutality-violence/

http://www.bbc.co.uk/news/world-europe-17112779

http://www.digitaljournal.com/article/319969

http://www.dailytelegraph.com.au/news/breaking-news/riot-police-beat-students-in-protest/story-e6freuyi-1226276900596

Le Can Masdeu, « okupé » pour plus de 10 ans

février 18, 2012

Si l’on se rend à la station de métro barcelonaise de Canyelles et que l’on y monte la colline via le petit chemin de graviers, on y voit un panneau qui nous dirige au Can Masdeu, un ancien hôpital pour lépreux qui, depuis 2001, est « okupé » par un groupe international d’activistes. Mais, qu’est-ce qu’on entend par « okupation »?

La vraie expression en français est celle du squat pour désigner le lieu qui est occupé sans titre. En catalan, par contre, l’idée d’okupació vient évidemment du verbe occuper, écrit avec un « k » pour désigner le mouvement contre-social et punk. En fait, le mouvement qui a connu une forte croissance en Catalogne lors des années 1960 grâce à l’exode paysanne vers la grande ville est aujourd’hui un mouvement anarchiste qui se dédie souvent à l’autogestion, l’activisme, l’écologie et à l’autosuffisance. Les « okupes » croient, à la différence de la loi et de la société en général, que la possession et la propriété sont deux idées différentes et c’est alors que ce groupe activiste se cherchait un squat en 2001 qu’il trouva le Can Masdeu, abandonné depuis 1948.

Il en prirent donc possession mais sous peu, en 2002, la cour envoya une centaine de policiers avec le but de les expulser de l’édifice, ce qui entraîna une popularité médiatique exceptionnelle. Les onze okupes y résistèrent de façon passive, forçant les policiers de prendre d’énormes risques à leur sécurité personnelle afin de pouvoir s’y rapprocher pour les arrêter, lorsque trois jours plus tard le juge ordonna que ces derniers laissent tomber puisqu’il jugea que les droits de la personne étaient plus importants que les droits à la propriété.

Depuis, quoi qu’il y eut quelques procès menés contre eux, les okupes y sont restés ils ont augmenté leurs nombres, organisant toujours plusieurs activités, ateliers et repas communaux et sociaux. En 2008, ils sont 28 okupes et reçoivent plus de demandes d’accueil qu’ils ne peuvent accommoder et ont, contrairement aux autres tendances d’okupació, un taux très peu élevé de renouvellement d’okupes.

Sources:

http://en.wikipedia.org/wiki/Can_Masdeu

http://fr.wikipedia.org/wiki/Can_Masdeu

http://fr.wikipedia.org/wiki/Squat_%28lieu%29

http://www.canmasdeu.net/

Bilbeny : la vérité, coûte que coûte

février 14, 2012

Jordi Bilbeny est diplômé en philologie catalane de l’Université autonome de Barcelone (Universitat Autònoma de Barcelona) et doctorant en histoire à l’Université de Barcelone (Universitat de Barcelona). Doctorant, avec doctorat en suspens. Cela rappelle le docteur en science politique Norman G. Finklestein (Princeton University) qui a eu beaucoup de difficulté à obtenir son doctorat pour des raisons similaires. Les écrits de ces deux auteurs dérangent parce qu’ils remettent en cause l’ordre établi. Toutefois, les critiques virulentes et les attaques ad hominem dont ils sont victimes ouvrent la porte à la possibilité que, sous leurs écrits, se cache peut-être une vérité qui pourrait nuire.

Il a été membre du Centre d’études colombines (Centre d’Estudis Colombins) pendant une quinzaine d’années avant de créer la Fondation d’études historiques de Catalogne (Fundació d’Estudis Històrics de Catalunya) en 2004, qu’il quitte trois ans plus tard. En 2008, il se joint à l’Institut Nouvelle histoire (Institut Nova Història) dont il est aujourd’hui à la tête.

Bilbeny s’intéresse à la censure chrétienne tout au long de l’histoire, cette dernière ayant, selon lui, soufferte de multiples « manipulations et tergiversations historicides », et ce, depuis le 16e siècle.

Publication, censure, édition, réimpression. Nouvelle censure, réédition, réimpression, et ce, ad vitam aeternam. Ce processus de contrôle de l’information et de la pensée fait en sorte que plusieurs versions d’un même texte émergent et que celles-ci diffèrent entre elles, voire se contredisent.

Bilbeny dénonce non seulement la falsification, l’occultation et la censure des oeuvres de la péninsule ibérique, mais aussi l’appropriation, en totalité ou en partie, par la Castille de textes étrangers, voire même de l’identité des auteurs de ces textes, et ce, à une époque où cette identité et cette culture sont essentielles à la construction de l’État espagnol et de l’idéologie castillane.

Dans cette optique d’appropriation de textes étrangers et de vol d’identité, Bilbeny réclame la catalanité de personnages célèbres comme Christophe Colomb (qui se nommerait Cristòfor Colom) et Miguel de Cervantes (qui se nommerait non pas Cervantès, mais bien Servent).

Bilbeny, un écrivain à suivre!

 

– Maxime Paquin

 

Sources :
http://www.jordibilbeny.com/bio.php
http://www.inh.cat/
http://www.capgros.com/noticies/detall.asp?id_noticia_portal=4839&sec=2#

Photos :
http://www.365d365e.com/entrevistes/?m=20110910
http://www.365d365e.com/entrevistes/?m=20110911

Paco, dernier roman de Jacques Folch-Ribas

février 13, 2012

Le dernier roman de Jacques Folch-Ribas, écrivain catalan établit au Québec depuis plusieurs décennies, est à mon avis un testament, un testament d’un écrivain qui à l’âge vénérable de 83 ans sait que le temps est son pire ennemi. Nous lui souhaitons encore de nombreuses œuvres, mais il est force de constater que l’écrivain, lui, reconnaît que le temps est venu de laisser à la postérité un livre, un court roman qu’on pourrait qualifier «d’historique» (dans la tradition des Episodios Nacionales de Benito Pérez Galdós), dans lequel on retrouve le fondement de la pensée éthique et esthétique de Jacques Folch-Ribas. Dans ce petit bijou, on est en présence de l’homme et de l’écrivain.

 

À 83 ans, Jacques Folch-Ribas est un peu comme don Emilio, le grand-père de Paco, celui qui se sent au paradis quand il est enfermé dans sa bibliothèque entouré de ses livres bien-aimés: les classiques, les livres de philosophie, de poésie, d’histoire, sans oublier les dictionnaires pour donner uns sens aux mots.  Don Emilio est, pour Paco, la personne la plus importante dans sa vie, celui qui par ses conseils, ses recommandations de lectures informe la curiosité intellectuelle de Paco. Don Emilio est la principale influence sur son éducation. Dans un monde où règne le chaos, un monde que le jeune Paco n’arrive pas à comprendre, don Emilio lui fournit des outils pour l’aider à vivre, à survivre comme personne physique, morale et intellectuelle. Or, Folch-Ribas, joue ce même rôle auprès du lecteur; dans un monde actuel tout aussi chaotique et incompréhensible que celui  de Paco, l’écrivain nous donne des pistes pour comprendre et survivre :

« Il faudra lire aussi les philosophes…Spinoza te montrera ce que sont les préjugés, la superstition religieuse, par exemple, qui amène la pitié, la souffrance, la culpabilité…Schopenhauer te dira comment la médiocrité gouverne en ce monde, comment la sottise crie très haut, et que la solitude, c’est la liberté…[il faut que tu lises] les grands livres…qui contiennent aussi la sagesse de tous les siècles. »(p.43)

La littérature, la raison,  l’étude de l’Humanité nous aideront à comprendre les événements de notre époque et ils seront aussi notre refuge. Don Emilio préférait la solitude\liberté de sa bibliothèque au pouvoir que pouvait lui conférer l’action politique, « Il n’y a pas de politiques heureux, ils ne seraient pas politiques. Voilà ce qu’ignore la jeunesse, on ne l’apprend que vieillard. » (p.52)

Interminable exode vers la France

On sent la douleur de Jacques Folch-Ribas en écrivant ce livre,  il a du souffrir atrocement  en se rappelant les tristes événements de la Guerre Civile Espagnole et son dénouement. Dans la dernière partie du livre, le chaos et le pathos atteignent des niveaux insoutenables pour le jeune Paco (et pour le lecteur).  Juste au moment quand il vivait des journées heureuses à coté de son amoureuse, Concha, le monde autour de Paco commence à s’écrouler : l’approche des forces rebelles, le bombardement de Barcelone, les guerres fratricides dans les rangs des républicains, la faim … À cette liste s’ajoutent les nouvelles dévastatrices d’ordre personnel : il apprend le bombardement de la vieille maison et la mort de son grand-père Emilio qui dans un geste de charité humaine avait offert sa maison pour loger les soldats républicains blessés, son père presque sûrement mort au front, plus de traces de sa mère et de sa tante.  Et si cela n’était pas assez, Concha lui annonce qu’il doit partir tandis qu’elle restera combattre l’ennemi jusqu’à la mort :

 « Qui peut s’occuper de toi, et de Margarita? Personne, ici. Pas moi, non plus, je serai morte demain. Veux-tu me voir morte? »…Il n’y avait plus rien ni personne…Une fureur me saisit, une violence que je n’avais jamais connue, je la découvrais en moi et je la regardais avec étonnement. (p. 125)

Même si l’histoire de la prise de Barcelone et l’exode vers la France est archi-connue, dans les pages de ce roman elle est déchirante, on ressent en chair propre la souffrance, le désespoir, la faim, la rage, la perte. Et on se rend compte à quel point l’auteur a dû lui aussi souffrir, pas à pas, dans la boue, la pluie, le froid et la faim, comme Paco :

Soudain, je sentis une grande colère, une rage en moi que je n’avais jamais connue…toute la place était prise par cette rage : m’enfuir…m’éloigner pour toujours de ce pays dont je ne voulais plus rien savoir, qui n’était pas le mien et que je me vis détester comme avec le goût de lui faire du mal. Je sais bien aujourd’hui, presqu’un siècle plus tard, que c’était encore une forme de peur, mais à l’époque, non : une colère, une violence, une rage. J’étais si jeune. N’en parlons plus. (p.144-45)

 

Bien qu’à ses 83 ans, l’auteur n’a surtout pas envie de revivre cet épisode douloureux, il vient de le faire, c’est une dernière leçon qu’il nous fait, au style de don Emilio, avec beaucoup d’amour, de tendresse et de sagesse. Et aussi, je crois, parce qu’il ne voudrait pas que

La chanson que je ne dirai jamais

s’est endormie à mes lèvres… Lorca

Peter Esposito

 

Folch-Ribas, Jacques. Paco. Montréal: Editions du Boréal, 2011.

Décès d’Antoni Tàpies

février 7, 2012

Tapiès en 2010

Le grand peintre barcelonais Antoni Tàpies s’est éteint le 5 février 2012 à l’âge de 88 ans. Reconnu comme une des grandes forces créatrices du dernier siècle, Tapiès a marqué la peinture moderne avec son art abstrait. En Catalogne, il jouissait d’un grand prestige non seulement comme artiste mais aussi comme sommité intellectuelle et ardent défendeur du catalanisme. Il avait remporte le prix Príncipe de Asturias pour les Arts  et le Prix Velázquez des Arts Plastiques et en 2010, le roi Juan Carlos l’avait nommé Marquis.

Son art est résolument avant-gardiste . Ses oeuvres parfois surprennent par leur apparente simplicité et par l’usage d’objets et matériaux de la vie de tous les jours que d’aucuns pourraient qualifier de pauvres ou carrément vulgaires.  Mais pour Tapiès , ces objets ordinaires pouvaient mener a des niveaux insoupçonnés de la réflexion et de la contemplation. À

Chaussette version originale

titre d’exemple prenons la polémique sculpture d’une chaussette, énorme structure d’acier de 18 mètres de haut qui devait occuper le prestigieux Salon Oval du Palau Nacional. Suite à une grande controverse dans les milieux artistiques et politiques entourant cette sculpture et le lieu où elle devait être exposée, la version finale de seulement 2 mètres est aujourd’hui à l’extérieur  de la Fondation Tapiès.  Tandis que ses critiques ne voyaient qu’un vulgaire bas, Tapiès expliqua son œuvre dans ces termes, « Une humble chaussette par le biais de laquelle on propose la méditation, avec cette chaussette je veux représenter l’importance de l’ordre cosmique des petites choses. » (El País, 17/02/2010)

Peter Esposito

http://www.elpais.com/articulo/cataluna/calcetin/Tapies/existe/elpepiespcat/20100217elpcat_2/Tes

Critique de Mil Cretins de Ventura Pons

février 5, 2012

Le samedi 4 février 2012 a eu lieu, à la Maison de la Culture de Côte-des-Neiges, la projection du film Mil Cretins  (Mille Crétins) du prolifique réalisateur catalan Ventura Pons, long métrage datant de 2010.

 La structure du film, une succession de saynètes ironiques, drôles et profondément déstabilisantes, est issue des nouvelles de l’écrivain Quim Monzó, originaire de Catalogne.  Si les sujets universels que sont l’amour, la mort, la vieillesse, le travail et la souffrance sont évoqués, ils le sont à travers une étude de la bêtise humaine. L’apparition fréquente des différents personnages et l’enchevêtrement de leurs histoires respectives, en fait un film choral bien monté et rempli de clins d’œil au spectateur. Ainsi, les protagonistes deviennent tour à tour personnages principaux, secondaires, et puis figurants dans une grande histoire  où fiction et réalisme se mélangent.

 

Le cynisme du film est bien dosé, même si certaines scènes plus difficiles à supporter font détourner le regard ou choquent les esprits sensibles (scène d’automutilation, de blessés sans assistance, de tentatives de suicide). Un film donc, à voir pour sa réflexion sur l’absurdité de l’existence et des gestes du quotidien, un film pour rire et réfléchir un peu, tout cela baigné par l’accent catalan, dans une contemporanéité qui est la nôtre.

 Janie Deschênes

Sources : Accès Culture Montréal et le site de la Médiathèque en études catalanes (MédiaCAT) et le blog La Paraula nostra et www.timeout.cat pour les images.

L’artiste Jordi Bonet à L’Université de Montréal

février 5, 2012

C’est tout à fait par hasard que j’ai découvert l’œuvre du sculpteur Jordi Bonet. Ma curiosité a été piqué lors d’une visite à la Place des Arts de Montréal ou j’ai vu une série de murales, titrés Hommage à Gaudí (1964), signés par un tel  Jordi Bonet.  Intrigué, j’ai fait une petite recherche sur cet artiste et j’ai découvert plein de faits intéressants. Premièrement, Jordi  Bonet (1932-1979) était catalan, mais il s’est établit au Québec en 1954 à l’âge de 22 ans.  Même si sa formation artistique s’est déroulé principalement à Barcelone, sa vie artistique s’est développée au Québec.  Outre les statues de la Place des Arts, le grand public montréalais peut admirer une énorme murale de l’artiste dans la station de Métro Pie IX, Citius, Altius, Fortius, produite en 1974 en allusion aux Jeux Olympiques qui allaient se dérouler deux ans plus tard à quelques mètres de là.

Citius, Altius, Fortius (Metro Pie IX)

Et les étudiants de l’Université n’ont qu’à se rendre à la Polytechnique s’ils veulent voir une œuvre qui y a été  installé en 1977, une murale coulée en aluminium d’un diamètre de 8 pieds.  J’ai aussi appris, par le biais d’une publication de l’Université de Montréal,  Art pour tous : une exposition à ciel ouvert du Centre d’Exposition de L’Université de Montréal, qu’il y a au moins trois autres sculptures de Jordi Bonet sur le campus.  Au pavillon J.-A.- Desève, il y a une murale, sans titre, (occurrence fréquente chez Bonet) et au Pavillon Paul-G.-Desmarais il y en a deux dont un magnifique vase en céramique de 51cm de hauteur.

Vase en céramique (Pavillon Paul Desmarais)

Murale sans titre (Pavillon J-A DeSève)

Ces œuvres sont présentement en exposition au Pavillon de la Faculté de l’amenagement ou on peut en faire une visite virtuelle sur le site  www.artpourtous.ca.

Au Québec, les sculptures de Jordi Bonet se retrouvent dans de nombreux immeubles publics, églises, institutions et compagnies privées.  Même si la plupart des ses œuvres se retrouvent au Québec, sa renommée dépasse largement les frontières québécoises et ses sculptures et murales adornent des édifices partout au Canada, les Etats-Unis et même en Arabie Saudite. En reconnaissance de leur valeur artistique, plusieurs institutions muséales ont enrichie leur collection avec les sculptures de Bonet. À titre d’exemple, nommons le Musée d’Art Contemporain de Montréal, le Musée des Beaux Arts et le Centre National des Arts (Ottawa).

Fait surprenant, Jordi Bonet avait perdu son bras droit dès l’âge de 9 ans, mais cela ne l’empecha pas de travailler avec des matériels lourds comme le béton et le métal.

Curieusement, une recherche dans Viquipèdia sur l’artiste ne donne aucun résultat.

http://www.jordibonet.net/Site_jordibonet.net/Home.html  (5/02/2012)

http://www.artpourtous.umontreal.ca/pdf/artpourtous-carnet-de-visite.pdf (5/02/2012)

Le sous-marin El Ictíneo : inspiration de Jules Verne?

février 1, 2012

Le sous-marin El Ictíneo : inspiration de Jules Verne?

Dans une œuvre classique de la science-fiction, Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne publié en 1865, le capitaine Nemo navigue allégrement tous les océans de la terre dans son sous-marin, Nautilus. Bien qu’aucun vaisseau marin aussi sophistiqué que celui imaginé par Verne n’existait pas à l’époque, il se peut très bien qu’il se soit inspiré des travaux d’un inventeur catalan, Narcís Monturiol (1819-1885) qui inventa le premier sous-marin doté d’un moteur à combustion.

Réplique du Ictíneo 1 au Musée Mritime de Barcelona

L’idée d’un sous-marin vint tardivement à l’esprit de Narcís Monturiol. C’est proche de la quarantaine quand Monturiol observa le travail difficile et dangereux des collecteurs de corail à Cadaquès. Il commença alors à imaginer que la navigation sous-marine pourrait rendre cette activité moins périlleuse.
Ses idées et ses calculs aboutirent à l’oeuvrage L’Ictineo ou bateau-poisson en 1858. L’année suivante, s’acheva la construction du Ictineo 1, sous-marin construit en bois.

La démonstration publique aura lieu cette même année dans le port de Barcelona et elle fût un grand succès. Monturiol réussit à faire naviguer le sous-marin sous l’eau pendant presque deux heures et demie. Suite à ces succès, Monturiol était prêt à faire une démonstration officielle en présence des représentants de la couronne espagnole, des autoritaires militaires et de la marine. Ces essais eurent lieu à Alicante en 1861 et furent couronnés de succès. Malgré l’enthousiasme général soulevé par l’invention, les autorités n’avancèrent pas les fonds nécessaires pour continuer la recherche et l’expérimentation. Déçu mais pas vaincu, Monturiol se tourna vers le grand public pour financer la construction de son deuxième sous-marin.

Ictíneo II

C’est par le moyen d’une souscription populaire nationale, que Monturiol réussit à poursuivre ses travaux et l’Ictíneo II vit le jour en 1864. Il était deux fois plus long que le premier (17 mètres), pouvait transporter 4 fois plus de passagers (20), pouvait descendre à 33 mètres de profondeur et rester sous l’eau pendant sept heures et demie. Il était reconnu comme le sous-marin le plus avancé et sophistiqué : Monturiol avait réussi à le doter d’un moteur et en même temps résoudre le problème du manque d’oxygène. Pendant plusieurs années, l’Ictíneo II participa d de nombreuses démonstrations et manœuvres pour le bénéfice de la Marine et des industriels elles furent un grand succès. Monturiol devint un héros pour les catalans, ses inventions les mettaient à la fine pointe de la technologie, les plus avancés pour entreprendre la découverte  d’un nouveau monde, le monde sous-marin.  Mais à nouveau, même si tout le monde réalisa le génie de Monturiol, les autorités n’ont pas cru bon donner suite à son invention. Peut-être que les gens ne voyaient pas l’utilité de l’appareil. Quelques années plus tard, accablé par le manque de support financier, Monturiol dut déclarer banqueroute et mettre fin à la belle aventure sous-marine.

La fabuleuse trajectoire d’inventeur et l’ingéniosité de Monturiol ont été portées à l’écran dans le film Monturiol, El senyor del mar (1993) du réalisateur Francesc Bellmunt.

Narcís Monturiol inventeur du sous-marin

 

 

Hughes, Robert. Barcelona. New York : Vintage Books, 1992, pp264-70
http://ca.wikipedia.org/wiki/Monturiol

Peter Esposito