Archive for the ‘littérature’ Category

Promenades dans la Barcelone de L’ombre du vent

mars 11, 2014

Né à Barcelone dans les années 60, Carlos Ruiz Zafón devient un auteur de renommée internationale dès 2001 grâce à son œuvre La sombra del viento (L’Ombre du vent). Un livre qui parcourra le monde, et dont la majorité d’entre vous avez sûrement lu lors de votre adolescence, ou l’avez tout au moins aperçus en train d’être dévoré par quelqu’un dans le métro ou dans un café. La page couverture, dont le cliché est tiré par le photographe catalan Francesc Català Roca, immortalise un jeune garçon tenant la main de son père, tous deux défilant une rue de la ville de Barcelone brumeuse. Le cliché laisse présager l’atmosphère mystérieuse, nébuleuse et mélancolique du roman policier, romantique, quelquefois fantastique, qui sera entretenu par la plume poétique de Zafón et où l’histoire a lieu dans deux Barcelone. Barcelone sous le franquisme, et celle de l’après-guerre civile.

Quelques années après le succès du livre, à la suggestion d’un des éditeurs: Promenades dans la Barcelone de «l’Ombre du vent» est publié. Ce dernier est un guide de voyage sur la ville de Barcelone permettant de revisiter, ressentir, et revivre les aventures de Daniel Sempere et Julian Carax (les personnages du roman de Zafón). L’Ombre du vent fait référence à des «quartiers de la ville que nous n’irons sûrement pas visiter de nous-mêmes. Où, certains sites ont un charme évident, d’autres, à première vue moins intéressants, stimulent notre imagination à travers le roman qui nous invite à plonger dans leur mystère» [Burger, Geel, Schwarz, 2007. 5]. Ainsi, en plus de permettre la visite des lieux cités dans le roman où ayant servi comme source d’inspiration à l’auteur, le guide est agrémenté d’images de ces lieux, de citations du livre et de commentaire de Zafón. Bref, si jamais vous partez à Barcelone bientôt, avez lu l’Ombre du vent, et avez envie de découvrir la ville tout en vous replongeant dans le monde du roman, ce petit guide sera vous satisfaire.

«Cette ville est une sorcière, Daniel. Elle se glisse sous votre peau et vous vole votre âme sans même que vous en preniez conscience» – Carlos Ruiz Zafón, L’ombre du vent

Alexandra Salinas

 

Cliché de Francesc Català Roca

Cliché de Francesc Català Roca

Source image: http://4.bp.blogspot.com/-WcIOMnDPySU/T3G4ocnTE6I/AAAAAAAAARI/kdswweo7VgE/s400/la-sombra-del-viento.jpg

Roman : Zafón, Carlos Ruiz. 2010. L’Ombre du vent. Paris : Grasset.

Guide de voyage : Burger, Sabine, Nelleke Geel et Alexander Schwarz. 2007. Promenades dans la Barcelon de L’ombre du vent. Paris : Grasset.

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Critique de L’ombre du vent

janvier 30, 2014

« Chaque livre a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui. »

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Cette citation est tirée d’un roman catalan que j’ai lu récemment, La sombra del viento, titre original espagnol. Bien que le livre fût d’abord rédigé en castillan, il dégage assurément une  essence catalane. De ce fait, son auteur, Carlos Ruiz Zafón est lui-même d’origine catalane. Il est né en 1964 à Barcelone. Cependant, il vit désormais à Los Angeles où il écrit des scénarios de films. L’ombre du vent constitue son quatrième roman. Depuis sa publication en 2001, cinq autres romans s’en sont suivis. Ses œuvres furent traduites en plus de 40 langues en plus d’avoir remporté de nombreux prix littéraires internationaux tout au long de sa carrière. Toutefois,  L’ombre du vent demeure son plus grand succès puisqu’il fut vendu à plus de 12 millions d’exemplaires parmi 50 pays.

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En réalité, ce livre représente une véritable ode à la littérature. À travers son livre, Carlos Ruiz Zafón dépeint Barcelone à l’époque de la fin de la guerre civile espagnole et du début du franquisme. Il y fait d’ailleurs allusion à quelques reprises. Ainsi, un matin de 1945, un libraire veuf décide de dévoiler à son jeune fils de 10 ans le cimetière des livres perdus, une bibliothèque labyrinthique de livres oubliés et depuis longtemps disparus. Daniel Sampere, le narrateur de l’histoire, est autorisé, selon une tradition familiale, à choisir un des nombreux livres et d’y redonner une certaine âme. D’où vient la citation précédente : « Chaque livre a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui. » Il adopte alors le livre L’ombre du vent de l’auteur inexplicablement disparu Julian Carax. C’est ainsi que s’entame une éternelle passion pour ce roman et une longue enquête quant à l’identité de cet auteur. Puis, plus les années avanceront, plus son livre sera source de conflit et de malheur puisque sa popularité fera l’envie de plusieurs antagonistes. D’ailleurs, un homme mystérieux, Coubert, tentera de le dépouiller de ce livre afin de compléter sa quête de brûler les moindres œuvres de Carax. Somme toute, Daniel sera marqué par des rebondissements caractérisés par des amours déchus et d’un imaginaire perturbant.

L’époque et l’univers dans lequel le personnage de Daniel Sampere se retrouve évoquent sans aucun doute des aspects catalans. Carlos Ruiz Zafón dresse un portrait sombre et gothique de Barcelone qui a été détruite par les bombardements durant la guerre d’Espagne survenue entre 1936 et 1939. La reconstruction de la ville s’effectue à travers le courant de l’art gothique qui s’est manifesté dès la seconde moitié du 19e siècle. Ainsi, l’auteur décrit les périples du jeune homme à travers de décors médiévaux. Plusieurs éléments architecturaux sont énoncés au cours du roman. Par exemple, la Plaza de San Felipe Neri ou même le Puente del Obispo, reconstruits à cette époque. Enfin, tous ces éléments architecturaux contextualisent l’univers du roman.

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L’ombre du vent présente des personnages tourmentés par la découverte du fameux livre de Julian Carax. Il s’agit d’un mystère littéraire qui m’a séduit dès les premières pages. En complémentaire à la lecture, il existe une bande sonore qui remémore merveilleusement les divers passages du roman. De plus, l’auteur propose un guide littéraire Promenades dans la Barcelone de l’ombre du vent, qui transporte le lecteur, à présent voyageur, dans une épopée à travers les rues de Barcelone. Le lecteur est invité à retracer le parcours de Daniel, tel que décrit dans son roman L’ombre du vent. Des détails historiques et touristiques y sont annotés en plus de photos et d’extraits du livre. Ce livre s’avère un peu moins conventionnel qu’un guide touristique traditionnel mais en demeure pas moins un essentiel quant à la découverte de Barcelone. Il permet indubitablement de prolonger le plaisir de la lecture de ce fabuleux roman qu’est L’ombre du vent.  

SOURCES :

http://www.carlosruizzafon.co.uk/index.html

RUIZ ZAFON, Carlos (2002), L’ombre du vent, Pocket, 668 pages.

Sant Jordi – La Saint-Valentin à la catalane… <3

avril 22, 2013

Cette fête médiévale catalane, qui a lieu le 23 avril de chaque an, tire son nom du saint patron de la Catalogne, soit Saint Georges. C’est en cette journée que tous et chacun échangent livres et roses. À l’origine, c’est Vicent Clavel i Andrés, un éditeur et écrivain valencien, qui suggéra la création de cette fête afin de supporter et promouvoir l’industrie du livre. C’est suite au succès de l’installation de tables recouvertes de livres lors de l’Exposition Internationale de Barcelone, c’est-à-dire en 1929, que la décision de fêter la journée du Livre le 23 avril s’officialisa, ayant été préalablement fêtée le 7 octobre dès 1926. Qui plus est, il est intéressant de noter que le date du 23 avril « […] coïncide, en outre, avec l’anniversaire de la mort de Cervantès [, celle de Josep Pla] et celle du dramaturge William Shakespeare, survenues en 1616». Finalement, dès le 15 novembre 1995, l’UNESCO nomma la Sant Jordi la journée mondiale du Livre et des Droits d’auteur.

 

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Citation tirée de http://www.gencat.cat « La Sant Jordi et le jour du livre ».

Pour avoir une perspective externe, ainsi que pour la provenance des photos:

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/apr/23/st-georges-day-catalonia

Victus, d’Albert Sánchez-Piñol, en français

mars 6, 2013

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Nouveauté éditoriale chez Actes Sud: VICTUS, d’Albert Sánchez Piñol

Roman picaresque sur la guerre de succession espagnole qui a embrasé l’Europe au début du XVIIIe siècle et sur la résistance de Barcelone, la ville qui a tenu tête à deux empires et contenu pendant un an le plus effroyable des sièges. À comprendre pourquoi les enfants catalans jouaient aux Habsbourg et aux Bourbons plutôt qu’aux cow-boys et aux Indiens, on saisit les enjeux du projet séparatiste actuel.

 

Sources: www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/victus

www.actes-sud.fr/sites/default/files/visuels/9782330016050_4decouv.jpg

Paco, dernier roman de Jacques Folch-Ribas

février 13, 2012

Le dernier roman de Jacques Folch-Ribas, écrivain catalan établit au Québec depuis plusieurs décennies, est à mon avis un testament, un testament d’un écrivain qui à l’âge vénérable de 83 ans sait que le temps est son pire ennemi. Nous lui souhaitons encore de nombreuses œuvres, mais il est force de constater que l’écrivain, lui, reconnaît que le temps est venu de laisser à la postérité un livre, un court roman qu’on pourrait qualifier «d’historique» (dans la tradition des Episodios Nacionales de Benito Pérez Galdós), dans lequel on retrouve le fondement de la pensée éthique et esthétique de Jacques Folch-Ribas. Dans ce petit bijou, on est en présence de l’homme et de l’écrivain.

 

À 83 ans, Jacques Folch-Ribas est un peu comme don Emilio, le grand-père de Paco, celui qui se sent au paradis quand il est enfermé dans sa bibliothèque entouré de ses livres bien-aimés: les classiques, les livres de philosophie, de poésie, d’histoire, sans oublier les dictionnaires pour donner uns sens aux mots.  Don Emilio est, pour Paco, la personne la plus importante dans sa vie, celui qui par ses conseils, ses recommandations de lectures informe la curiosité intellectuelle de Paco. Don Emilio est la principale influence sur son éducation. Dans un monde où règne le chaos, un monde que le jeune Paco n’arrive pas à comprendre, don Emilio lui fournit des outils pour l’aider à vivre, à survivre comme personne physique, morale et intellectuelle. Or, Folch-Ribas, joue ce même rôle auprès du lecteur; dans un monde actuel tout aussi chaotique et incompréhensible que celui  de Paco, l’écrivain nous donne des pistes pour comprendre et survivre :

« Il faudra lire aussi les philosophes…Spinoza te montrera ce que sont les préjugés, la superstition religieuse, par exemple, qui amène la pitié, la souffrance, la culpabilité…Schopenhauer te dira comment la médiocrité gouverne en ce monde, comment la sottise crie très haut, et que la solitude, c’est la liberté…[il faut que tu lises] les grands livres…qui contiennent aussi la sagesse de tous les siècles. »(p.43)

La littérature, la raison,  l’étude de l’Humanité nous aideront à comprendre les événements de notre époque et ils seront aussi notre refuge. Don Emilio préférait la solitude\liberté de sa bibliothèque au pouvoir que pouvait lui conférer l’action politique, « Il n’y a pas de politiques heureux, ils ne seraient pas politiques. Voilà ce qu’ignore la jeunesse, on ne l’apprend que vieillard. » (p.52)

Interminable exode vers la France

On sent la douleur de Jacques Folch-Ribas en écrivant ce livre,  il a du souffrir atrocement  en se rappelant les tristes événements de la Guerre Civile Espagnole et son dénouement. Dans la dernière partie du livre, le chaos et le pathos atteignent des niveaux insoutenables pour le jeune Paco (et pour le lecteur).  Juste au moment quand il vivait des journées heureuses à coté de son amoureuse, Concha, le monde autour de Paco commence à s’écrouler : l’approche des forces rebelles, le bombardement de Barcelone, les guerres fratricides dans les rangs des républicains, la faim … À cette liste s’ajoutent les nouvelles dévastatrices d’ordre personnel : il apprend le bombardement de la vieille maison et la mort de son grand-père Emilio qui dans un geste de charité humaine avait offert sa maison pour loger les soldats républicains blessés, son père presque sûrement mort au front, plus de traces de sa mère et de sa tante.  Et si cela n’était pas assez, Concha lui annonce qu’il doit partir tandis qu’elle restera combattre l’ennemi jusqu’à la mort :

 « Qui peut s’occuper de toi, et de Margarita? Personne, ici. Pas moi, non plus, je serai morte demain. Veux-tu me voir morte? »…Il n’y avait plus rien ni personne…Une fureur me saisit, une violence que je n’avais jamais connue, je la découvrais en moi et je la regardais avec étonnement. (p. 125)

Même si l’histoire de la prise de Barcelone et l’exode vers la France est archi-connue, dans les pages de ce roman elle est déchirante, on ressent en chair propre la souffrance, le désespoir, la faim, la rage, la perte. Et on se rend compte à quel point l’auteur a dû lui aussi souffrir, pas à pas, dans la boue, la pluie, le froid et la faim, comme Paco :

Soudain, je sentis une grande colère, une rage en moi que je n’avais jamais connue…toute la place était prise par cette rage : m’enfuir…m’éloigner pour toujours de ce pays dont je ne voulais plus rien savoir, qui n’était pas le mien et que je me vis détester comme avec le goût de lui faire du mal. Je sais bien aujourd’hui, presqu’un siècle plus tard, que c’était encore une forme de peur, mais à l’époque, non : une colère, une violence, une rage. J’étais si jeune. N’en parlons plus. (p.144-45)

 

Bien qu’à ses 83 ans, l’auteur n’a surtout pas envie de revivre cet épisode douloureux, il vient de le faire, c’est une dernière leçon qu’il nous fait, au style de don Emilio, avec beaucoup d’amour, de tendresse et de sagesse. Et aussi, je crois, parce qu’il ne voudrait pas que

La chanson que je ne dirai jamais

s’est endormie à mes lèvres… Lorca

Peter Esposito

 

Folch-Ribas, Jacques. Paco. Montréal: Editions du Boréal, 2011.

Ausiàs March (1397-1459)

mars 9, 2011
Ausias March

Ausias March

Comme nous l’avons vu dans le cours, Ausiàs March est un des poètes les plus importants du Siècle d’Or valencien et de la littérature en langue catalane. Il a eu une grande influence sur de grands poètes espagnols tel que Boscan y Garcilaso. Il réinvente la langue de l’amour et la poésie troubadouresque. Il aborde l’Amour comme personne auparavant. Par sa poésie, il étale ses savoirs philosophiques, théologiques et moraux. Il construit un nouveau modèle lyrique à travers la rhétorique. Il aime jouer avec des antithèses, des personnifications et des hyperboles. Il est un tournant dans la poésie catalane, car il a renouvelé la tradition des troubadours en y ajoutant des emprunts aux auteurs classiques, à la lyrique française, à la littérature chrétienne et à la poésie italienne. Il utilise un catalan très épuré, ce qui est une première, car on avait l’habitude à cette époque d’écrire la poésie en provençal.

J’ai ici un poème d’Antonio Machado, « Meditación del día »,  écrite en 1937 (donc environ 500 ans après la mort de March), qui parle de la guerre civile espagnole comme destruction des beautés de l’Espagne. Le lien avec mon article, c’est qu’il y fait une référence à Ausias March pour affirmer la richesse du catalan et des autonomies. Machado revendique une pluralité culturelle en Espagne et utilise Ausiàs March comme grande figure, ce qui montre sa grande influence.

MEDITACIÓN DEL DÍA

Frente a la palma de fuego
que deja el sol que se va,
en la tarde silenciosa
y en este jardín de paz,
mientras Valencia florida
se bebe el Guadalaviar
–¡Valencia de finas torres,
en el lírico cielo de Ausiàs March,
trocando su río en rosas
antes que llegue a la mar!–
pienso en la guerra. La guerra
viene como un huracán
por los páramos del alto Duero,
por las llanuras de pan llevar,
desde la fértil Extremadura
a estos jardines de limonar,
desde los grises cielos astures
a las marismas de luz y sol.
Pienso en España, vendida toda,
de río a río, de monte a monte, de mar a mar.

Sources:

http://www20.gencat.cat/portal/site/culturacatalana?newLang=fr_FR

http://es.wikipedia.org/wiki/Ausi%C3%A0s_March

Faites attention à Patufet!

mars 24, 2010
Patufet ou En Patufet est un personnage populaire d’un conte catalan.
 Il est généralement présenté comme un minuscule enfant de la taille d’un raisin portant une grande barretina (bonnet rouge) pour que ses parents puissent le retrouver plus facilement. Il est curieux et vilain jusqu’au jour où il décide de prouver à tout le monde qu’il peut être utile et qu’on peut lui faire confiance. Dans certaines versions, il est gentil dès le départ.

La première tâche qu’il accomplit pour prouver qu’il a changé est d’acheter du safran. Comme les gens ne peuvent le voir, il évite de se faire écraser en chantant:

Patim patam patum,

 Homes i dones del cap dret,

Patim patam patum,

No trepitgeu en Patufet

(Patim patam patum / Hommes et femmes qui venez vers moi / Patim patam patum / Ne marchez pas sur Patufet)

Les gens ne voient qu’une pièce de monnaie marcher et chanter, mais Patufet réussi à accomplir sa mission. Par la suite, il décide d’aller à la ferme et de porter son repas à son père, mais il manque de chance et se fait manger par un bœuf. Ses parents le recherchent en appelant « Patufet, on ets ? »  (Patufet, où es-tu ?) et il répond de l’intérieur du bœuf :

Sóc a la panxa del bou,

que no hi neva ni plou.

Quan el bou farà un pet,

Sortirà en Patufet!

(Je suis dans la panse du bœuf / Où il ne neige ni ne pleut./ Quand le bœuf pétera/ Patufet sortira !)

Ils entendent la petite voix de Patufet au bout d’un moment et la mère nourrit le bœuf d’herbes qui fait péter.

Cette histoire peut être envisagée comme symbolisant un apprentissage et un passage à l’âge adulte. De nombreuses versions de ce conte existent dans tous les pays européens : le personnage porte toujours un nom évocateur de sa petite taille : Poucet, Pouçot, Grain-de-Millet, Tom-Thumb (Tom Pouce) en Angleterre, etc.

Patufet est souvent utilisé en catalan pour désigner un tout petit enfant.

Le catalan, invité d’honneur à Expolangues

février 1, 2010



www.llull.cat

Le catalan, langue de 10 millions d’européens

Le catalan est la douzième langue la plus parlée en Europe, avec une dizaine de millions de locuteurs répartis dans quatre pays : l’Espagne, l’Andorre, la France et l’Italie. La plupart des catalanophones résident en Catalogne, dans les îles Baléares ou dans le Pays valencien, où le catalan jouit du statut de langue officielle aux côtés de l’espagnol. Le catalan, qui est la seule langue officielle de l’Andorre, est également parlé en Catalogne-Nord – dans le département des Pyrénées-Orientales – et à Alghero (l’Alguer, en catalan), une ville de Sardaigne.

Langue romane, le catalan a commencé à se former entre le VIIIe et le Xe siècle de part et d’autre des Pyrénées, dans les comtés de la Marche hispanique établie par l’Empire carolingien. Les premiers textes écrits en catalan datent du XIIe siècle. Entre le XIIIe et le XVIe siècle, le catalan connut une expansion considérable non seulement en tant que langue de culture mais aussi comme langue de gouvernement, au point de devenir langue de référence en Méditerranée, notamment en Sicile, en Sardaigne, ou encore à Naples. Parmi les ouvrages littéraires de portée universelle rédigés en catalan figurent ceux écrits par Ramon Llull (Raymond Lulle), philosophe, poète et romancier contemporain de Dante considéré comme le créateur de la prose catalane, les œuvres d’Ausiàs Marc et Tirant lo Blanc, de Joanot Martorell, le premier roman moderne de la littérature occidentale. Plus près de nous, aux XIXe et XXe siècles, Jacint Verdaguer, Mercè Rodoreda, Josep Pla, Salvador Espriu, Baltasar Porcel et de nombreux autres écrivains catalans de renom ont donné au monde des œuvres admirables.

La langue catalane est actuellement utilisée au quotidien dans toutes les sphères de la société, dans les établissements scolaires comme à l’université, dans la recherche, dans l’Administration publique, dans les entreprises, dans les médias… Pleinement adaptée aux besoins d’une société moderne, c’est la vingt-sixième langue la plus utilisée sur Internet, où un large éventail d’outils multimédias d’apprentissage du catalan a été mis en ligne, en particulier sur le site parla.cat. S’appuyant sur une forte tradition culturelle tout en étant doué d’une grande capacité créative, le catalan est, selon l’Unesco, la onzième langue la plus traduite au monde.

C’est aussi la langue de personalités reconnues universellement de la taille d’Antoni Gaudí, Pau Casals, Joan Miró, Salvador Dalí, Antoni Tàpies, Miquel Barceló, Joan Oró, Joan Massagué, Valentí Fuster, Calixto Bieito, Josep Carreras, Montserrat Caballé, Isabel Coixet, Sergi López, Jordi Mollà, Josep M. Flotats, Jordi Savall, Ferran Adrià, Carme Ruscalleda, Rafael Nadal, Pau Gasol ou Pep Guardiola.

Aujourd’hui, le catalan est enseigné sur les cinq continents. Cent soixante universités, dont 19 en France, l’ont intégré dans leurs cursus ; à Paris, le Centre d’études catalanes de l’université Paris-Sorbonne (Paris IV) joue un rôle déterminant à cet égard. Chaque année, des examens pour l’obtention de certificats de langue catalane sont organisés conformément au Cadre européen commun de référence pour l’apprentissage des langues dans plus de 80 villes de 33 pays du monde entier.

Nous vous invitons à vous intéresser à la langue catalane, invitée d’honneur d’Expolangues 2010, et à découvrir, ainsi, une partie de la richesse linguistique européenne.

Le_catalan_langue_de_10_millions_d_europeens.pdf

prog_animations_catalane.pdf

Le dernier homme qui parlait catalan

janvier 16, 2010

L’ambassadeur d’Espagne à Londres s’interroge à travers une fiction sur l’extinction de la langue catalane.

Un article de Christian Desmeules, Le Devoir, 16 janvier 2010 – http://www.ledevoir.com/culture/livres/281194/litterature-etrangere-les-locataires

À retenir

  • LE DERNIER HOMME QUI PARLAIT CATALAN
  • Carles Casajuana
  • Traduit du catalan par Marianne Millon
  • Éditions Robert Laffont
  • Paris, 2009, 238 pages

Dans un immeuble vide d’un quartier de Barcelone, Ramon Balaguer, écrivain discret mais confirmé, essaie de terminer l’écriture d’un roman. Depuis des mois, le promoteur immobilier propriétaire de tous les autres appartements lui rend la vie impossible et tente par tous les moyens de le faire partir afin de pouvoir commencer des travaux majeurs de rénovation. Forte somme, dédommagements, accommodements, menaces, coupures du gaz: toutes les manoeuvres n’y feront rien. L’homme s’entête. C’est dans cet appartement, et nulle part ailleurs, qu’il doit finir le roman qu’il a commencé.

Diplomate, romancier et essayiste né en 1954, Carles Casajuana est ambassadeur d’Espagne au Royaume-Uni. Casajuana, qui a ecrit le roman en catalan, y distille assez finement une réflexion retenue sur la culture et l’identité catalane, ainsi que sur l’avenir des littératures dites de « l’exigüité ».