Archive for the ‘mémoire historique’ Category

Machiavel transforme en mythe César Borgia, Le Prince.

mars 11, 2014

Peut-être une différente vision de César Borgia et du mythe autour de sa personne…

Avec sa venue au Vatican, la famille Borgia,  contribue à la diffusion de la langue catalane. En effet, cette famille d’origine catalane se compose de personnages dont les légendes, leur faisant peu louanges, les entourant seront rependues dans toute l’Europe, et résonnent encore de nos jours. Des actes belliqueux et sinistres forgeront la notoriété et renommée de cette famille catalane, dont le chef, futur pape Alexandre VI sera comparé à l’antéchrist, et où la relation entre ses enfants sera dite inceste. Bref, empoissonnement, assassinat seront des recours fréquemment utilisés par la famille pour assurer leur ascension au pouvoir. Le fils du pape, César Borgia aussi appeler le duc de Valentinois, aura une réputation le qualifiant de cruel, assassin, inceste, d’injuste, de corrompu et où ladite nature de ces actes violents, quelques fois romancés, en font un imposant personnage politique de la Renaissance italienne. Or, Nicolas Machiavel, penseur italien de cette époque, en fait plutôt l’éloge que la critique, dans son traité politique Le Prince.

Le Prince, destiné au Prince Laurent de Médicis (grand-père de Catherine de Médicis, nom que vous reconnaissez fort probablement, dues à l’implication de cette reine dans les guerres de religion et son omniprésence au cours XVIe siècle…), est une œuvre d’une importance monumentale qui révolutionnera et redéfinira l’essence de la politique, en lui conférant son autonomie de la morale. Machiavel réduisant «la politique à l’effort du pouvoir» [Veyne, 1979], rend compte de concepts et méthodes servant au Prince pour acquérir et demeurer au pouvoir, ce dernier devant être aimé, mais crains à la fois.

Machiavel et la famille Borgia coexisteront au cours des mêmes années et il est dit que ce premier ressentit un profond dédain envers la personne de César Borgia qu’il a côtoyé. Or, dans Le Prince, «il finit par transformer en mythe cet homme qu’il haïssait» [Veyne 1979, 448] il le présente dans son ouvrage comme un des exemples à suivre pour les princes à en devenir. Il justifie ses actes cruels, car ces derniers ont permis l’union et la remise sur pied de la Romagne [Machiavel, 1980]. «Le prince, ne soit doit point soucier d’avoir le mauvais renom de cruauté pour tenir tous ses sujets en union et obéissance» [Machiavel 1980, 103].

Brièvement, Machiavel invoque les qualités du renard (ruse, soit qui comprend la politique) et du lion (force physique, soit pour mener à terme et assurer cette politique) comme étant primordial à la gouvernance du Prince. On reconnait ses dernières chez César Borgia. Encore, il mentionne que l’acquisition du pouvoir peut se faire par la sa propre force et la virtù (capacité de conserver le pouvoir et affronter la fortuna), ou par la force d’autrui et la fortuna (contingence de l’histoire). Ainsi, le Prince qui acquit le pouvoir par cette première méthode, et donc, dépendant moins de la fortuna aurait moins de difficulté à se maintenir au pouvoir [Machiavel 1980, 57]. Or, le Prince qui acquiert le pouvoir par cette deuxième méthode, tel que César Borgia a «moins de peine à devenir Prince, mais beaucoup à le demeurer» [Machiavel 1980, 60] puisqu’ils dépendent de la force et fortuna de «ce qui les a faits grands» [Machiavel 1980, 61]. Ainsi, c’est grâce à la fortune (force et fortuna) de son père que Borgia devient Prince. Or, Machiavel affirme que ce Prince parvint par sa grande virtù à mettre en œuvre les moyens pour conserver son pouvoir, pour contourner la fortuna. La chute de Borgia, à la suite de la mort de son père, est due à un concours de circonstances, ou comme Machiavel mentionne à une «extraordinaire et extrême malignité de fortune » [Machiavel 1980, 62], qui ne profitèrent pas aux entreprises du Prince qui perdit ses pouvoirs non pas par ses actions, par sa responsabilité. Bref, le portrait que hisse Machiavel de Borgia donne une différente optique des actes de ces derniers et les justifient.

«Il me semble qu’il [César Borgia] faut le proposer pour exemple à tous ceux qui par fortune ou avec les armes d’autrui sont parvenus au grand pouvoir. Car ayant le cœur grand et l’intention haute, il ne se pouvait comporter autrement, et seules s’opposèrent à ses desseins la courte vie d’Alexandre et sa propre maladie. Qui donc veut, en sa nouvelle principauté, s’assurer de ses ennemis, s’attacher à des amis, vaincre ou par force ou par ruse, se veut faire aimer ou craindre du peuple, être suivi et respecté des soldats, ruiner ceux qui nous peuvent ou doivent nuire […] être rigoureux et bienveillant, magnanime et libéral, éteindre une milice infidèle, en créer une nouvelle, se maintenir en amitié des rois et des princes, en sorte qu’ils soient portés à le servir et qu’ils regardent à lui nuire, celui-là ne peut choisir plus frais exemple que la conduite du duc de Valentinois.»

-Nicolas Machiavel, Le Prince (1980, 68).

par Alexandra Salinas

César Borgia en noir à gauche. Nicolas Machiavel en noir au centre.

César Borgia en noir à gauche. Nicolas Machiavel en noir au centre.

Source: Machiavel, Nicolas. 1980. Le Prince. Paris : Gallimard. (Préface de Paul Veyne)

Source image: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f3/Cesare_borgia-Machiavelli-Corella.jpg

 

 

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Promenades dans la Barcelone de L’ombre du vent

mars 11, 2014

Né à Barcelone dans les années 60, Carlos Ruiz Zafón devient un auteur de renommée internationale dès 2001 grâce à son œuvre La sombra del viento (L’Ombre du vent). Un livre qui parcourra le monde, et dont la majorité d’entre vous avez sûrement lu lors de votre adolescence, ou l’avez tout au moins aperçus en train d’être dévoré par quelqu’un dans le métro ou dans un café. La page couverture, dont le cliché est tiré par le photographe catalan Francesc Català Roca, immortalise un jeune garçon tenant la main de son père, tous deux défilant une rue de la ville de Barcelone brumeuse. Le cliché laisse présager l’atmosphère mystérieuse, nébuleuse et mélancolique du roman policier, romantique, quelquefois fantastique, qui sera entretenu par la plume poétique de Zafón et où l’histoire a lieu dans deux Barcelone. Barcelone sous le franquisme, et celle de l’après-guerre civile.

Quelques années après le succès du livre, à la suggestion d’un des éditeurs: Promenades dans la Barcelone de «l’Ombre du vent» est publié. Ce dernier est un guide de voyage sur la ville de Barcelone permettant de revisiter, ressentir, et revivre les aventures de Daniel Sempere et Julian Carax (les personnages du roman de Zafón). L’Ombre du vent fait référence à des «quartiers de la ville que nous n’irons sûrement pas visiter de nous-mêmes. Où, certains sites ont un charme évident, d’autres, à première vue moins intéressants, stimulent notre imagination à travers le roman qui nous invite à plonger dans leur mystère» [Burger, Geel, Schwarz, 2007. 5]. Ainsi, en plus de permettre la visite des lieux cités dans le roman où ayant servi comme source d’inspiration à l’auteur, le guide est agrémenté d’images de ces lieux, de citations du livre et de commentaire de Zafón. Bref, si jamais vous partez à Barcelone bientôt, avez lu l’Ombre du vent, et avez envie de découvrir la ville tout en vous replongeant dans le monde du roman, ce petit guide sera vous satisfaire.

«Cette ville est une sorcière, Daniel. Elle se glisse sous votre peau et vous vole votre âme sans même que vous en preniez conscience» – Carlos Ruiz Zafón, L’ombre du vent

Alexandra Salinas

 

Cliché de Francesc Català Roca

Cliché de Francesc Català Roca

Source image: http://4.bp.blogspot.com/-WcIOMnDPySU/T3G4ocnTE6I/AAAAAAAAARI/kdswweo7VgE/s400/la-sombra-del-viento.jpg

Roman : Zafón, Carlos Ruiz. 2010. L’Ombre du vent. Paris : Grasset.

Guide de voyage : Burger, Sabine, Nelleke Geel et Alexander Schwarz. 2007. Promenades dans la Barcelon de L’ombre du vent. Paris : Grasset.

La Diada

février 11, 2014

Depuis 1886, la fête nationale a lieu tous les ans durant la journée du 11 septembre. Partout en Catalogne, c’est un jour qui est férié. Cette fête porte plus d’un nom soit, la Diada Nacional de Catalunya (en catalan), la Diada del Onze de Setembre ou tout simplement la Diada. L’origine de cette fête est la commémoration la dernière défense de Barcelone durant la guerre de Succession de 1714. Durant celle-ci, Barcelone a été prit par les troupes franco-espagnoles et les Bourbons ont remporté la victoire contre les Habsbourg. Lors du 11 septembre 2012, les catalans, ou plutôt les pro-indépendantistes, se sont mobilisé pour faire part de leur voeu d’indépendance envers l’Espagne. Ils ont organisé une manifestation pacifique dans les rues de Barcelone d’un million et demi de personnes. C’est la première fois que la Diada se transforme en journée de revendication massive et institutionnelle en faveur de l‘indépendance. La couverture médiatique qui en a été faite a bien évidement été interprété de plusieurs points de vue différents. Par exemple, le jour même de l’évènement,  la chaîne de télévision TVE (télévision publique espagnole) a mentionné la manifestation qu’au bout de 20 longues minutes de diffusion. On a crié scandale en évoquant le manque de respect envers les téléspectateurs. On soupçonne une coalition entre la chaîne et le gouvernement de droite du Parti populaire (PP), farouchement opposé à l’indépendance de la communauté d’avoir mis en place cette mise en scène durant le téléjournal.

La tradition durant cette journée est que les autorités nationales, les organisations et les partis politiques offrent des fleurs aux monuments de Rafael Casanova et de Josep Moragues. Dans la plupart des cas, on écoute l’hymne national, « Els Segadors»  et «El cant dels ocells» composé par Pau Casals. Il est commun de suspendre des drapeaux catalans aux balcons des appartements et maisons. Il y a également beaucoup de manifestations et concerts qui ont lieu. À Barcelone, il est typique d’offrir et manger du pain de Sant Jordi. Ce pain est celui qu’on offre le 23 avril pour la fête de la rose et du livre en Catalogne. C’est un pain à la soubressade et au fromage formant les quatre bandes rouges et jaunes, comme celles qu’on retrouve sur le drapeau catalan. Autrement, que ce passe t-il d’autre exactement durant cette journée de célébration? On a droit a un spectacle d’impressionnantes tours humaines. Il y a aussi des activités de danse traditionnelle «sardanes». Nourriture typique, musique catalane entraînante ainsi que plusieurs produits catalans sont aussi au rendez-vous. Une belle fête à célébrer entre catalans.

Justine Laroche

75 ans déjà

mars 20, 2013

Du 16 au 18 mars 1938, dans le cadre de l’appui de l’Italie à Franco dans sa lutte contre le gouvernement républicain, les avions du corps expéditionnaire italien bombardèrent Barcelone.

Durant cette attaque aérienne, environ 50 tonnes de bombes furent larguées et cela tout au long de 17 attaques consécutives. Causant environ mille morts et plus de mille blessés, cette initiative du croiseur italien Eugenio di Savoia avaient pour but d’impressionner Hitler suite à la fin de l’Anschluss le 12 du même mois par le régime national-socialiste allemand. Mussolini voulant démontrer la puissance de son règne aux Allemands, envoya donc l’aviation légionnaire italienne attaquer Barcelone. Finalement, après un court moment de répits, l’atmosphère de panique atteignit son faîte au sein de Barcelone, un massacre avait eu lieu. Un camion militaire transportant des explosifs au centre de la ville explosa suite à une de ces raids aériens. Conséquemment, les habitants démoralisés prirent conscience qu’ils avaient perdu cette guerre.

   imgres       Drapeau de la Catalogne

Tous les faits historiques ici présents sont tirés de http://www.ilpost.it/2013/03/17/quando-gli-italiani-bombardarono-barcellona/ prevenant de http://www.micciacorta.it/home/naviga-tra-le-categorie/14-storia-a-memoria/11160-barcellona-1938-cosi-la-morte-arrivo-dal-cielo-la-strage-che-pesa-sugli-italiani-.html

Source d’appoint: http://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardements_de_Barcelone

Camille Plante-Vachon

FLAC et la jeunesse catalane

avril 10, 2012

La FLAC, ou plutôt Fédération des luttes pour l’abolition des corridas, est en plein mouvement politique et sociale. Non seulement plusieurs groupes ont fait surface depuis le début du débat contre la maltraitance faite aux animaux, mais le mouvement semble grandir et rejoindre une bonne majorité.

Ce fut un plaisir de voir autant d’actions faites pour abolir ces jeux barbares. Le 24 mars 2012, un mois mouvement partout sur la planète, une manifestation fut organisée « à Nîmes par sept associations nationales de protection animale: SPA nationale, Les SPA de France, Fondation Brigitte Bardot, Alliance anticorrida, OABA, L214 et Fondation Assistance aux Animaux.

La FLAC soutenait officiellement cet événement, auquel ont participé plus de 2000 personnes selon les chiffres officiels. Les animaux, ces sans-voix, leur sont reconnaissants. Voir tous ces défenseurs des animaux défiler dans les rues de Nîmes était très émouvant. Surtout dans cette ville, bastion tauromachique où la souffrance animale, comble de l’insupportable, est érigée en spectacle… Pour couronner cette réussite, les médias étaient présents pour relayer notre message à la veille du premier tour des présidentielles. »

« La Jeunesse Socialiste de la Catalogne (JSC) a pris position publiquement
contre les corridas, tandis que le Parti Socialiste Catalan (PSC) veut toujours que ce spectacle soit autorisé en Catalogne.
La JSC a demandé l’Initiative Législative Populaire (ILP) en remettant une pétition (183 000 signatures) à la chambre Catalane. Selon l’information de la JSC, pendant son conseil national de la fin de la semaine dernière, les jeunes du PSC ont approuvé dans leur conclave jusqu’à 11 résolutions , parmi elles la résolution en faveur du bien être des animaux sans exception et une résolution contre les corridas.  »

Le mouvement continue d’avoir de l’ampleur au niveau internationale et les politiciens commencent à voir le problème que pose ce genre d’activités folkloriques non pacifiques.

Le manifeste de la FLAC stipule que: « Le respect du Vivant et l’éradication de la cruauté envers tout être sensible sont des valeurs primaires fondamentales universelles de notre société. Considérant que les pratiques porteuses de violence sont l’exact contraire de la Civilisation, Considérant que se divertir aux dépens d’un être vivant sensible est contraire à la Civilisation, Considérant que soustraire un être vivant sensible à son milieu naturel pour le placer dans des conditions artificielles telles qu’il ne puisse que subir la volonté de ses tortionnaires est une violence inadmissible. Considérant que les détresses, quelle qu’en soit la provenance, ne sont pas opposables mais cumulatives, Considérant que la violence pour le plaisir et le divertissement est la pire des violences, Considérant que l’embrigadement des enfants et mineurs de moins de 16 ans dans un processus porteur de violence est contraire à la Civilisation, Considérant que toute dérogation aux articles de loi condamnant la cruauté est un manquement au respect de la vie, Considérant que la corrida est l’expression des considérants ci-dessus  » et suit la signature de ce manifeste selon les lois en vigueur.

 

Sources:
http://www.flac-anticorrida.org/info-actualites/

http://lota029.bbgraph.com/t5481-esp-catalogne-bras-de-fer-de-la-jeunesse-contre-la-corrida

http://www.flac-anticorrida.org/wordpress/wp-content/uploads/2012/01/ManifesteFLAC.pdf

Paco, dernier roman de Jacques Folch-Ribas

février 13, 2012

Le dernier roman de Jacques Folch-Ribas, écrivain catalan établit au Québec depuis plusieurs décennies, est à mon avis un testament, un testament d’un écrivain qui à l’âge vénérable de 83 ans sait que le temps est son pire ennemi. Nous lui souhaitons encore de nombreuses œuvres, mais il est force de constater que l’écrivain, lui, reconnaît que le temps est venu de laisser à la postérité un livre, un court roman qu’on pourrait qualifier «d’historique» (dans la tradition des Episodios Nacionales de Benito Pérez Galdós), dans lequel on retrouve le fondement de la pensée éthique et esthétique de Jacques Folch-Ribas. Dans ce petit bijou, on est en présence de l’homme et de l’écrivain.

 

À 83 ans, Jacques Folch-Ribas est un peu comme don Emilio, le grand-père de Paco, celui qui se sent au paradis quand il est enfermé dans sa bibliothèque entouré de ses livres bien-aimés: les classiques, les livres de philosophie, de poésie, d’histoire, sans oublier les dictionnaires pour donner uns sens aux mots.  Don Emilio est, pour Paco, la personne la plus importante dans sa vie, celui qui par ses conseils, ses recommandations de lectures informe la curiosité intellectuelle de Paco. Don Emilio est la principale influence sur son éducation. Dans un monde où règne le chaos, un monde que le jeune Paco n’arrive pas à comprendre, don Emilio lui fournit des outils pour l’aider à vivre, à survivre comme personne physique, morale et intellectuelle. Or, Folch-Ribas, joue ce même rôle auprès du lecteur; dans un monde actuel tout aussi chaotique et incompréhensible que celui  de Paco, l’écrivain nous donne des pistes pour comprendre et survivre :

« Il faudra lire aussi les philosophes…Spinoza te montrera ce que sont les préjugés, la superstition religieuse, par exemple, qui amène la pitié, la souffrance, la culpabilité…Schopenhauer te dira comment la médiocrité gouverne en ce monde, comment la sottise crie très haut, et que la solitude, c’est la liberté…[il faut que tu lises] les grands livres…qui contiennent aussi la sagesse de tous les siècles. »(p.43)

La littérature, la raison,  l’étude de l’Humanité nous aideront à comprendre les événements de notre époque et ils seront aussi notre refuge. Don Emilio préférait la solitude\liberté de sa bibliothèque au pouvoir que pouvait lui conférer l’action politique, « Il n’y a pas de politiques heureux, ils ne seraient pas politiques. Voilà ce qu’ignore la jeunesse, on ne l’apprend que vieillard. » (p.52)

Interminable exode vers la France

On sent la douleur de Jacques Folch-Ribas en écrivant ce livre,  il a du souffrir atrocement  en se rappelant les tristes événements de la Guerre Civile Espagnole et son dénouement. Dans la dernière partie du livre, le chaos et le pathos atteignent des niveaux insoutenables pour le jeune Paco (et pour le lecteur).  Juste au moment quand il vivait des journées heureuses à coté de son amoureuse, Concha, le monde autour de Paco commence à s’écrouler : l’approche des forces rebelles, le bombardement de Barcelone, les guerres fratricides dans les rangs des républicains, la faim … À cette liste s’ajoutent les nouvelles dévastatrices d’ordre personnel : il apprend le bombardement de la vieille maison et la mort de son grand-père Emilio qui dans un geste de charité humaine avait offert sa maison pour loger les soldats républicains blessés, son père presque sûrement mort au front, plus de traces de sa mère et de sa tante.  Et si cela n’était pas assez, Concha lui annonce qu’il doit partir tandis qu’elle restera combattre l’ennemi jusqu’à la mort :

 « Qui peut s’occuper de toi, et de Margarita? Personne, ici. Pas moi, non plus, je serai morte demain. Veux-tu me voir morte? »…Il n’y avait plus rien ni personne…Une fureur me saisit, une violence que je n’avais jamais connue, je la découvrais en moi et je la regardais avec étonnement. (p. 125)

Même si l’histoire de la prise de Barcelone et l’exode vers la France est archi-connue, dans les pages de ce roman elle est déchirante, on ressent en chair propre la souffrance, le désespoir, la faim, la rage, la perte. Et on se rend compte à quel point l’auteur a dû lui aussi souffrir, pas à pas, dans la boue, la pluie, le froid et la faim, comme Paco :

Soudain, je sentis une grande colère, une rage en moi que je n’avais jamais connue…toute la place était prise par cette rage : m’enfuir…m’éloigner pour toujours de ce pays dont je ne voulais plus rien savoir, qui n’était pas le mien et que je me vis détester comme avec le goût de lui faire du mal. Je sais bien aujourd’hui, presqu’un siècle plus tard, que c’était encore une forme de peur, mais à l’époque, non : une colère, une violence, une rage. J’étais si jeune. N’en parlons plus. (p.144-45)

 

Bien qu’à ses 83 ans, l’auteur n’a surtout pas envie de revivre cet épisode douloureux, il vient de le faire, c’est une dernière leçon qu’il nous fait, au style de don Emilio, avec beaucoup d’amour, de tendresse et de sagesse. Et aussi, je crois, parce qu’il ne voudrait pas que

La chanson que je ne dirai jamais

s’est endormie à mes lèvres… Lorca

Peter Esposito

 

Folch-Ribas, Jacques. Paco. Montréal: Editions du Boréal, 2011.

Daniel Brühl retrouve ses origines catalanes

janvier 28, 2012

Avec un nom comme Daniel Brühl, on penserait que ce jeune acteur prodige était seulement d’origine allemande. Cependant, son nom au complet, Daniel César Martín Brühl González Domingo, suggère autrement. En fait, le fils du réalisateur de télévision, Hanno Brühl, est aussi enfant d’une Catalane de Barcelone. Suite à sa naissance, il grandît dans une maison à Cologne, en Allemagne, où l’on parlait allemand, anglais, français, castillan et catalan.

En 2006, seulement trente-deux ans après l’interdiction de l’utilisation du lacet étrangleur en Espagne, le jeune acteur choisit d’interpréter le rôle d’un militant catalan anarchiste dans le film Salvador.  Il remporte notamment le prix des critiques du meilleur acteur aux Prix du cinéma de Barcelone pour son jeu de rôle, qu’il fait autant en espagnol qu’en catalan.

Salvador Puig i Antich fut la dernière personne au monde à mourir de cet instrument d’exécution. Il a été mis à mort à l’âge de vingt-cinq ans par le régime de Franco pour la mort d’un garde civil à Barcelone, malgré les manifestations internationales qui ont lieu dans plusieurs pays au monde.

Si vous vous intéressez à ce film, vous pouvez trouver le DVD à la Médiathèque en études catalanes.

Sources:

http://de.wikipedia.org/wiki/Hanno_Br%C3%BChl

http://en.wikipedia.org/wiki/Daniel_Br%C3%BChl

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lacet_%C3%A9trangleur

http://fr.wikipedia.org/wiki/Salvador_%28film,_2006%29

Robert Capa témoin de la Guerre Civile

mars 25, 2011

Robert Capa est un photographe de guerre américain. Il est né en Hongrie en 1913. Actuellement, il est considéré par plusieurs comme étant le photographe de guerre le plus influent de l’histoire. Au début de sa carrière, il assure la couverture d’évènements politiques. Il photographiera notamment Léon Trotsky en exil, dans un discour enflammé sur le sens de la révolution Russe. Par la suite, en 1935, il a cotoyé les grèvistes des mouvements anarchistes et socialistes en France. Dès lors , il va couvrir tout les conflits importants qui se dérouleront à son époque. Tout d’abord, en 1936, il ira couvrir la Guerre Civile Espagnole au côté des Républicains. En 1938, il fit brièvement la couverture de la guerre opposant la Chine au Japon. Capa retournera par la suite en Espagne pour être témoin de l’exode des Catalans vers les frontières françaises. Il fit ensuite la couverture complète de La seconde Guerre Mondiale de 1939-1945. Le photographe se retrouvera notamment au beau milieu du débarquement sur Omaha Beach au côté des troupes américaines. Plus tard, en 1948, il assistera à la naissance de l’état d’Israël. En 1954, il accompagne les troupes françaises au Viet-Nam. Il meurt alors qu’il grimpait un talus miné par les Viet-Min. Il voulait aller en hauteur pour obtenir une bonne prise de vue sur les troupes et explosa sur une mine.

Ses clichés sur la guerre Civile Espagnole sont saisissants. Dès le début d’août 1936, soit moins de deux semaines après le soulèvement militaire, Capa atterit à Barcelone pour suivre les troupes Républicaines. Ils côtoient les troupes et les civils des mois durant. Les photographies, qu’ils réalisera seront d’un très grand réalisme. En consultant son travail de plus près on réalise la diversité des combattants. Comme ces jeunes filles et garçons à Madrid, encore adolescents, tenant des armes qui leur arrivent sous le menton. D’autres photographies où il accompagnait les hommes et les femmes de Barcelone qui combattaient à même les rues de la ville. Il figea sur image des civils de Bilbao affolés qui fuyaient quotidiennement les raids de l’aviation Franquiste. Plus tard, à Madrid, il accompagnera des membres des Brigades Internationales dans de périlleuses opérations de nettoyages et de reconnaissances. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’avait pas froid au yeux. Certains de ses clichés témoignent de l’intensité et de l’irréalisme des batailles. D’autres sont tout simplement choquants voir horribles. À juste titre, des photographies prises à la morgue de Valence en 1937 n’ont été divulgées qu’en 2009.


Témoin de l’exil.

À partir du 25 janvier 1939, il suit les Catalans de Barcelone sur la route de l’exil . Il voit la foule qui s’amasse à la frontière française. Au total, 400 000 espagnols franchiront les Pyrénnés. Les femmes, les enfants et les vieux passent au compte-goutte du côté français. Les hommes seront rassemblés dans des camps de concentrations. Les premiers camps d’internement de la 2ème Guerre Mondiale. Capa se rendit à Argelès-Sur-Mer où il constata par lui-même les conditions exécrable de vie. En tout, 75 000 prisonniers y étaient entassés. Les Allemands prirent contrôle de la France en mai 1940 et la situation des prisonniers ne s’améliora naturellement pas. Certains seront même déportés vers des camps Nazis tel que Dachau.

 

 

 

Lors de ma présentation, je vousprésenterai des sections de son receuil de photographies, « Robert Capa, La collection ». J’ai réussit à m’en procurer une copie par hasard, hier, pour 10$ (au lieu de 115$ !), à une vente de livres usagés de la librairie de l’Université. Sa vaut donc la peine de fouiller dans leur vieilles boîtes poussérieuses!

Sources

Richard Whelan. Robert Capa, La Collection. Édition Phaidon. Paris. 2001.
http://www.nytimes.com/slideshow/2009/04/29/arts/20090429_SUITCASE_SLIDESHOW_index-11.html *article sur la valise retrouvé au mexique . (***Photos un peu choquante de civils tués)

L’espace Mémorial Démocratique inauguré

mars 21, 2010

La Catalogne a ouvert le premier Mémorial Démocratique de l’Espagne, ayant pour siège Barcelone. Cet espace ouvert au public, destiné à des expositions et des activités, doit rappeler la souffrance et la douleur de la Guerre Civile et ses conséquences. Le Mémorial doit aussi contribuer à la construction de la démocratie.

Le siège de l’ «Espai Memorial Democràtic » est un hommage aux victimes de la Guerre Civile. Il est le premier en Espagne et coïncide précisément avec le 30ème anniversaire des premières élections au Parlement de la Catalogne. Le Mémorial a été inauguré par le président de la Generalitat, José Montilla, et le conseiller de l’Intérieur, Joan Saura. Montilla a souligné qu’« il est un devoir éthique et civique d’avoir présent le devoir de mémoire » et il a insisté, en réponse aux critiques, sur le point suivent : « la réconciliation ne doit pas être confondue avec l’oubli ».

Le premier étage du Memorial a un espace d’exposition de 800 mètres carrés, et sera complété dans les prochains mois, jusqu’à ce qu’il ait 2.500 mètres carrés. Le centre rassemble le réseau d’espaces de la mémoire qui existent déjà en Catalogne. Il donnera aussi de l’information sur d’autres espaces de mémoire historique européens rattachés aux exilés de la Guerre Civile ou aux combattants républicains qui ont lutté en France et, dans de nombreux cas, ont été enfermés dans les camps de concentration  allemands.

Joan Saura a aussi lancé un autre défi à relever par le Mémorial dans les semaines à venir : obtenir Inauguréla nullité du jugement et de la condamnation du président de la Generalitat républicaine, Lluís Companys, fusillé par Franco à Barcelone le 15 octobre 1940.

Source: article du 3cat24.cat traduit par Mme Francine Nadal